Matcha et aluminium : ce que les analyses révèlent… et comment vraiment choisir son matcha
Le matcha : une boisson « santé » qui mérite aussi d’être analysée
Le matcha bénéficie d’une image presque parfaite : thé vert, antioxydants, catéchines, L-théanine, concentration, énergie…
Mais sa particularité nutritionnelle est également ce qui justifie une vigilance particulière.
Avec un thé classique, les feuilles sont infusées puis retirées. Avec le matcha, la feuille entière est broyée très finement puis consommée.
Autrement dit, les composés naturellement présents dans la feuille, mais aussi les éventuels contaminants qu’elle a accumulés, sont directement ingérés.
Une enquête publiée le 24 septembre 2026 par Que Choisir vient justement attirer l’attention sur la présence d’aluminium dans plusieurs matchas commercialisés en France.
7 matchas testés : de l’aluminium dans tous les échantillons
Que Choisir a sélectionné sept références de prix, d’origines et de niveaux de gamme différents, comprenant des produits biologiques et conventionnels.
Le résultat concernant l’aluminium est particulièrement intéressant :
- de l’aluminium a été détecté dans les 7 références ;
- 4 références sur 7 excèdent la valeur toxicologique de référence utilisée dans l’évaluation ;
- dans le cas le plus défavorable, une seule tasse approche quatre fois cette valeur de référence. Que Choisir
Attention cependant à l’interprétation : il ne s’agit pas d’affirmer qu’une tasse provoquera une intoxication aiguë.
L’enjeu est celui de l’exposition répétée, à laquelle s’ajoutent les autres sources alimentaires et environnementales d’aluminium.
L’EFSA a établi une dose hebdomadaire tolérable de 1 mg d’aluminium par kilogramme de poids corporel et par semaine. Cette référence a été construite en raison notamment des données disponibles concernant les effets d’une exposition élevée sur le système nerveux, la reproduction et le développement. European Food Safety Authority
Pourquoi le thé peut-il contenir autant d’aluminium ?
L’aluminium est naturellement très présent dans la croûte terrestre.
Le théier peut l’absorber à partir du sol. Sa concentration varie donc notamment selon la géologie du terrain, les conditions de culture et les caractéristiques de la matière première.
Le problème n’est donc pas nécessairement une « pollution » volontaire du produit.
Et bio ne veut pas dire sans aluminium.
La certification biologique apporte des garanties importantes concernant les pratiques agricoles et l’usage de certains pesticides de synthèse, mais elle ne peut pas modifier la composition géologique du sol.
C’est précisément pourquoi l’analyse du produit fini est intéressante.
Le BfR allemand avait d’ailleurs déjà alerté en 2019 après avoir mesuré des concentrations élevées d’aluminium dans plusieurs échantillons de matcha. L’institut rappelait alors que la consommation régulière pouvait contribuer de manière significative à l’exposition globale à l’aluminium. Bundesinstitut für Risikobewertung
Mais l’aluminium est loin d’être le seul paramètre à surveiller
C’est probablement le point le plus important de cette enquête.
Que Choisir ne s’est pas contenté de rechercher l’aluminium.
Les analyses ont également porté sur :
- les résidus de pesticides ;
- les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) ;
- les chlorates ;
- le perchlorate ;
- les alcaloïdes pyrrolizidiniques ;
- les corps étrangers.
La L-théanine a également été dosée comme indicateur associé à la qualité du matcha. Que Choisir
Pourquoi ces substances nous intéressent-elles ?
Les HAP peuvent notamment provenir de dépôts atmosphériques et de procédés de séchage faisant intervenir des combustibles.
Les chlorates et le perchlorate peuvent s’accumuler dans les végétaux. Le perchlorate peut notamment interférer avec la fonction thyroïdienne lorsqu’il est présent à des niveaux suffisants.
Quant aux alcaloïdes pyrrolizidiniques, ils ne sont pas produits par le théier lui-même : ils proviennent de certaines plantes sauvages qui peuvent pousser à proximité et être récoltées accidentellement avec le thé. Certaines de ces molécules présentent des propriétés génotoxiques et cancérogènes. Que Choisir
« Analysé en laboratoire » : une mention qui ne suffit pas
C’est là que le consommateur doit apprendre à poser une deuxième question.
Une marque peut parfaitement écrire :
« produit contrôlé en laboratoire »
… sans que cela signifie que tous les contaminants qui vous intéressent ont été recherchés.
Il faut donc regarder le bulletin lui-même.
Certaines marques de matcha ont choisi de publier leurs analyses, ce qui constitue déjà une démarche de transparence appréciable.
Mais leurs panels ne sont pas nécessairement identiques.
Par exemple, les résultats 2026 publiés par Milia Matcha donnent des valeurs pour le mercure, l’arsenic, le plomb, le cadmium et le nickel. L’aluminium ne figure pas dans ce tableau public. Milia Matcha
Nōka a également publié des résultats Eurofins très détaillés concernant plomb, cadmium, arsenic, mercure et nickel, ainsi que les pesticides. Là encore, l’aluminium n’apparaît pas dans le tableau d’analyses élémentaires actuellement publié. Nōka Matcha
Chez Anatae, la page actuelle de contrôle qualité présente notamment plomb, arsenic, mercure et nickel et renvoie vers des analyses datant de janvier 2025. La marque avait cependant déjà communiqué auparavant sur l’aluminium et indiquait dans d’anciens résultats l’avoir recherché. Il serait donc inexact de dire qu’Anatae « ne teste jamais » l’aluminium ; le problème est plutôt que la teneur en aluminium n’est pas clairement affichée dans la synthèse actuelle des dernières analyses publiques. Anatae
C’est une nuance importante.
Une marque qui pousse plus loin la transparence : Aromandise
Aromandise adopte actuellement une approche intéressante.
La marque publie les numéros des lots commercialisés, avec les analyses correspondantes réalisées au sein du réseau Eurofins.
Les tableaux affichent déjà plomb, cadmium et mercure, et la marque précise que les rapports complets incluent également :
- arsenic ;
- nickel ;
- aluminium ;
- perchlorate ;
- L-théanine.
Les analyses d’aluminium et de perchlorate sont réalisées par des laboratoires du réseau Eurofins accrédités ISO/IEC 17025. Aromandise
Cela ne signifie pas automatiquement qu’Aromandise est « le meilleur matcha du marché » ou le moins contaminé.
En revanche, c’est exactement le type de transparence que j’aimerais voir se généraliser :
un numéro de lot + un rapport de laboratoire récent + les valeurs réellement mesurées (et pas que pour le matcha!)
Pourquoi demander une analyse du LOT ?
Une analyse datant de plusieurs années n’apporte pas la même information qu’une analyse du produit actuellement vendu.
Une même marque peut changer :
- de récolte ;
- de parcelle ;
- de région ;
- de fournisseur ;
- de lot.
Les teneurs peuvent donc évoluer.
C’est pourquoi la question la plus pertinente à poser au fabricant est :
« Pouvez-vous me transmettre le bulletin d’analyse correspondant au numéro de lot du matcha actuellement commercialisé ? »
Et idéalement, ce document devrait permettre de vérifier plusieurs familles de contaminants.
Que rechercher dans un bulletin d’analyse ?
Pour une consommation régulière de matcha, je regarderais idéalement :
Métaux et éléments :
aluminium, plomb, cadmium, arsenic, mercure et nickel.
Contaminants agricoles :
un panel suffisamment large de pesticides.
Autres contaminants :
perchlorate, chlorates, HAP et alcaloïdes pyrrolizidiniques.
Il faut également vérifier le numéro du lot, la date de l’analyse, le laboratoire et les unités utilisées.
Une mention marketing comme « testé en laboratoire » est donc loin d’être aussi informative qu’un véritable rapport. hexane-dans-les-aliments-le-solvant-invisible/
Faut-il arrêter de boire du matcha ?
Non.
Ce serait tirer une conclusion excessive des données disponibles.
Le matcha reste un aliment intéressant, mais il faut cesser d’associer automatiquement les termes « naturel », « bio », « premium » ou « cérémonie » à l’absence de contaminants.
La bonne démarche consiste plutôt à :
- éviter les consommations excessives et systématiques lorsque la qualité analytique du produit est inconnue ;
- privilégier les produits traçables ;
- demander des analyses récentes ;
- varier les boissons et les sources alimentaires plutôt que consommer quotidiennement de grandes quantités du même produit.
La micronutrition ne consiste pas uniquement à rechercher les molécules bénéfiques d’un aliment.
Elle consiste aussi à tenir compte de l’exposition globale de l’organisme.
Le Chi-Tea du Dr. Jacob’s : une alternative intéressante, mais ce n’est pas du matcha
Pour les personnes qui cherchent une autre boisson végétale stimulante, le Chi-Tea Dr. Jacob’s, distribué en France par NaturaMedicatrix, constitue une alternative à connaître.
Le produit dispose d’une analyse publiée indiquant une teneur en aluminium de 3,97 mg/kg. NaturaMedicatrix met le rapport à disposition sur sa fiche produit. NATURAMedicatrix
À raison de 2,5 g par tasse, cela représente environ 9,9 µg d’aluminium contenus dans la portion de poudre.
Mais attention à ne pas comparer directement ce chiffre avec celui d’un matcha.
Le Chi-Tea n’est pas composé de feuilles de thé vert entières.
Il contient seulement 5 % d’extrait de thé vert, associé notamment à :
- xylitol ;
- magnésium ;
- calcium ;
- acérola ;
- guarana ;
- ashwagandha ;
- maté ;
- réglisse ;
- café vert ;
- curcuma.
Il apporte environ 20 mg de caféine par tasse de 2,5 g. Naturamedicatrix
Il ne remplace donc pas nutritionnellement un matcha traditionnel, notamment en matière de composition en thé vert et en L-théanine.
Il présente néanmoins un intérêt : sa teneur en aluminium est documentée publiquement.
Autre précaution importante : en raison de la présence de réglisse, le fabricant indique de ne pas le consommer plus de six semaines consécutives. Il est également déconseillé aux enfants. Naturamedicatrix
Le bon réflexe : demander des preuves plutôt que des promesses
Le matcha illustre parfaitement une règle que j’applique plus largement en nutrition et en micronutrition :
La qualité ne se décrète pas sur une étiquette. Elle se mesure.
« Bio », « japonais », « premium », « cérémonie », « récolté à la main » ou « testé en laboratoire » peuvent apporter certaines informations.
Mais aucune de ces mentions ne remplace un résultat analytique.
Alors, si vous consommez régulièrement du matcha, prenez l’habitude de demander :
- Quel est le numéro du lot ?
- Quand a-t-il été analysé ?
- Par quel laboratoire ?
- Quels contaminants ont réellement été recherchés ?
C’est cette transparence qui permet au consommateur de faire un choix réellement éclairé.
Sonia Nutrition
Votre corps mérite le meilleur
